Le FUPmaton du Dr Jean-Philippe Desilles

Les attaques cérébrales touchent chaque année 150.000 nouvelles personnes, se positionnant ainsi à la troisième place dans les causes de mortalité en France (la deuxième chez les femmes).

A l’occasion de la journée mondiale de l’AVC le 29 octobre, la FUP donne la parole au Dr Jean-Philippe Desilles.

Bonjour Jean-Philippe, qu’est-ce qu’un Accident Vasculaire Cérébral ischémique ?

L’AVC ischémique représente près de 80% des AVC, il est responsable du plus fort taux de mortalité et de handicap. Il survient lorsqu’une artère du cerveau se bouche de façon brutale, le privant ainsi d’oxygène et de nutriments. Cela peut arriver à tous les âges de la vie  avec une incidence qui augmente avec l’âge. Mais attention, cette maladie peut également toucher les enfants et les adultes jeunes. Par exemple, un AVC ischémique peut survenir chez un nouveau-né au cours de l’accouchement. Chez les jeunes adultes, une maladie, appelée la dissection carotide, est responsable d’AVC ischémiques effroyables.

Quels sont les facteurs de risque des AVC ischémiques ?

Ils sont multiples. On peut citer les facteurs de risques vasculaires tels que l’hypertension, le diabète, le cholestérol, l’âge et également plusieurs maladies du cœur qui favorisent la formation d’un caillot qui peut migrer et aller boucher une artère du cerveau.

Comment prévenir le risque d’AVC ?

Cela passe par des règles hygiéno-diététiques bien connues du grand public à savoir la pratique d’une activité physique régulière et une alimentation saine et équilibrée. Pour les personnes diabétiques ou hypertendues, cela passe également le plus souvent par la bonne prise de leurs médicaments.

De façon plus générale, et malgré l’attention portée à ces facteurs de risques neurovasculaires, il persiste un risque de faire un AVC ischémique donc il y a encore une marge de progression dans notre prise en charge de ces patients pour mieux les protéger.

Quels sont les premiers signes qui doivent inquiéter ?

La survenue soudaine d’une paralysie de la moitié du corps, d’une difficulté à s’exprimer ou à comprendre doivent faire évoquer en urgence le diagnostic d’AVC. Ce sont d’emblée des symptômes très graves dont la récupération dépendra de la rapidité de l’appel des premiers secours.

En appelant le 15 (les pompiers) ou le 18 (le SAMU) le patient sera le plus rapidement envoyé au sein d’une unité neurovasculaire qui permettra de ne pas perdre de temps et de ne pas passer par le service des urgences conventionnel.

Il existe différents traitements dont la thrombectomie : en quoi cela consiste ?

En présence effective d’un AVC ischémique, l’objectif est de déboucher l’artère le plus tôt possible pour ré-oxygéner correctement le cerveau. On a deux moyens pour déboucher cette artère. Le premier est la prise d’un médicament qui s’appelle la thrombolyse.  Il agit comme un « destop » qui fluidifie le sang pour détruire le caillot. On peut aussi avoir recourt à une intervention appelée thrombectomie, lorsque l’occlusion concerne une des artères principale du cerveau. Cette opération consiste à passer des tuyaux par l’artère du pli de l’aine qui remontent jusqu’à l’artère du cerveau afin de la déboucher. Le point essentiel pour limiter les séquelles neurologiques, c’est d’avoir le délai le plus court possible entre la survenue de l’AVC ischémique et la fin de l’intervention.

Quel est votre message de santé publique à l’occasion de la journée mondiale de l’AVC ?

Nous avons parlé de la rapidité de la prise en charge qui est capitale et qui dépend en partie des proches et des témoins . De façon moins connue il a été découvert que l’hygiène buccodentaire peut prévenir l’apparition de facteurs de risques et peut protéger de la survenue des pathologies cardiovasculaires en général et d’AVC ischémique en particulier. Une bonne hygiène bucco-dentaire qui passe notamment par un brossage dentaire biquotidien pourrait ainsi réduire le risque d’AVC. Donc brossez-vous les dents !

Votre Projet pour mieux traiter les AVC

Comment vous est venue l’idée de ce projet d’entrainement sur un simulateur pour les jeunes médecins ?

Actuellement, l’apprentissage s’effectue directement sur le patient dans le contexte d’urgence et alors qu’il s’agit d’une intervention complexe et parfois dangereuse pour le patient. Ces particularités expliquent en grande partie la courbe d’apprentissage qui est longue et très hétérogène. En moyenne, il faut compter plus de 12 mois de formation pour la réalisation d’une thrombectomie cérébrale en autonomie pour un interne.

D’un autre côté, depuis 2015, la thrombectomie est devenue le traitement de référence des AVC ischémiques. Or, il y a une grande inégalité territoriale d’accès à cette intervention urgente, aujourd’hui disponible uniquement dans une trentaine d’hôpitaux en France.

Notre idée est née de cette situation avec pour objectif d’accélérer la formation des jeunes médecins tout en améliorant la sécurité des patients.

D’ici 2-3 ans, ce projet peut-il opérer un changement d’échelle ?

En formant un plus grand nombre de jeunes praticiens, dans un futur proche, on pourrait mieux déployer et rendre disponible cette intervention sur l’ensemble du territoire français et notamment dans certains CH éloignés de CHU.

Pourquoi un soutien financier comme celui du programme Sauver la Vie est-il indispensable ?

On dispose de nombreux appels à projets scientifiques mais il en existe très peu pour soutenir des objectifs pédagogiques. La Fondation Université de Paris me permet, par son soutien, de mettre en évidence le bien fondé de mon hypothèse à savoir l’utilisation d’un simulateur pour aider le déploiement de la thrombectomie et favoriser une formation spécialisée pour les praticiens et les étudiants.

Quelles sont les retombées directes pour les patients concernés par ce projet ?

La simulation, c’est « jamais la première fois sur le patient » en conditions réelles ! On raccourcit les délais de formation et on augmente la sécurité des patients, cela pourrait contribuer à réduire l’inégalité d’accès aux soins à l’échelle de notre pays.

FUPmaton

Parlons de vous maintenant, qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ?

La curiosité, l’envie d’apprendre de mes patients et de mes étudiants.

Thé ou café en arrivant à l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild ?

Définitivement et uniquement du café, cela permet de prendre un peu de temps avec nos collègues, de débriefer la nuit passée dans le service.

La dernière chose que vous faites le soir avant de vous coucher ?

Je lis pour doucement déconnecter mon cerveau des nombreuses stimulations de la journée.

Votre passion dans la vie ?

La randonnée en montagne. C’est une ouverture vers d’autres horizons et c’est un effort récompensé par la vue et de belles perspectives avec parfois un peu d’aventure.

Votre meilleur souvenir, partagé avec un patient ?

Il y en a beaucoup. Ce qui est terrible dans notre métier c’est que l’on se rappelle beaucoup mieux des pires moments qu’on a partagés avec des patients. Un de mes derniers patients est arrivé au bloc mutique et paralysé. En sortant, il m’a serré la main et m’a remercié. Ce sentiment d’utilité immédiate est un vrai bonheur.

Le métier que vous vouliez faire petit ?

Médecin, une véritable vocation !

Votre credo ?

Rien n’est impossible.